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Signalement par les travailleurs sociaux, pourquoi, pour qui, comment ?

Paulette KNEUR
Éducatrice Spécialisée
Coordonnatrice du Suivi Médico-social de l'Accueil Familial

 

Problématique : De la difficulté de signalement de mauvais traitements par le travailleur social

 

Lieu d'où je parle :

 

Profession : Éducatrice Spécialisée depuis 37 ans.

 

Fonction Actuelle : Coordinatrice, depuis dix ans, du Suivi Médico-social des familles d'accueil et des personnes âgées ou adultes handicapées, accueillies dans le cadre du dispositif de l'Accueil Familial, géré par le Conseil Général de la Martinique. Cette coordination et ce suivi se fait par l'AMDOR 2000 par convention avec le Conseil Général, convention qui en détermine les modalités.

 

Autres expériences sur le terrain : Institutrice en classe spécialisée pendant cinq ans, Éducatrice spécialisée, intervenant pendant neuf ans, en Action Éducative en Milieu Ouvert sous ordonnance du Juge des enfants, en Martinique. Directrice pendant neuf ans d'un Service d'Éducation Spécialisée et de Soins à domicile, pour enfants et adolescents polyhandicapés de quatre à vingt ans, pris en charge par l'Assurance Maladie, en Martinique.

 

Motivation pour une intervention de l'AMDOR 2000, dans le cadre des rencontres gérontologies sur la maltraitance envers les personnes fragilisées, et notamment envers les personnes âgées:

 

Travailleur social avec près de quarante ans d'expérience, convaincue de la nécessité de produire une réflexion sur les pratiques, d'identifier les savoirs et savoirs faire, de participer à la valorisation du travail fait au quotidien, sur le terrain, par les professionnels du champ social, " leur savoir social ou savoir professionnel ", nous osons nous positionner pour procéder une analyse des pratiques, et nous mobiliser pour amorcer une recherche en travail social

 

En ce sens nous ne sommes pas loin des directives de la Direction de l'Action Sociale, qui en 1996, dans une circulaire, demandait aux DRASS de s'impliquer dans les travaux de recherche en travail social , et précisait que les productions des professionnels témoignent entre autres de " la capacité de réflexion des professionnels sur les politiques sociales et leur mise en œuvre ainsi que sur les pratiques professionnelles "

 

D'ailleurs, la création de la Chaire Travail Social au CNAM est une avancée en matière de valorisation de la réflexion et de la recherche en travail social.

 

Notre propos s'inscrit dans cette dimension et non dans une évaluation, un jugement ou une critique à l'emporte pièce des différent acteurs ou partenaires du champ social que nous avons eu à côtoyer au cours de notre vie professionnelle.

 

Nous sommes d'ailleurs consciente du côté périlleux de notre réflexion et de notre démarche, vu la proximité du public.

 

Question de départ : Si nous faisons nôtre, la prise de position du professeur HUGUONOT " Maltraitance des enfants, maltraitance des Personnes âgées, même combat ", lors du congrès de gérontologie de Bruxelles de Septembre 2002, nous nous rendons compte que nous avons été confrontée dans l'exercice de notre profession à deux types de maltraitance :

 

Une avérée puisque vérifiée médicalement(viol sur mineure encéphalopathe grabataire, avec soupçon fortement étayé d'inceste, lors de notre expérience auprès des enfants et adolescents polyhandicapés.

 

Et dans le cadre de l'Accueil Familial : des comportements de maltraitance larvées s'apparentant plus à des négligences actives ou passives, des maltraitances morales ou psychologiques.

 

Dans ce cadre, nous n'avons été très peu confrontés à des situations de maltraitance avérées, et systématiques.

 

En effet, si on se réfère à différents auteurs codifiant les principales catégories de maltraitance , nous trouvons les appellations suivantes : Violences physiques, violences morales ou psychologiques, exploitations financières, négligences actives et passives.

 

Dans le cadre de l'Accueil Familial, deux types de maltraitance ont pu être mises à jour et ont fait l'objet d'une confrontation des évaluations de la situation par les différentes parties concernées. Il s'agit des violences morales ou psychologiques et des négligences actives ou passives. Les violences médicamenteuses restent difficiles à cerner.

 

Nous sommes très prudente. Nous n'affirmons pas que les violences morales et psychiques , ainsi que les négligences passives ou actives sont choses courantes en Accueil Familial , nous disons que ce type de maltraitance, vu le contexte de proximité et de pénibilité des prises en charge au quotidien, a plus de chances d'exister.

 

Les différentes situations signalées par les familles naturelles sont inscrites dans une dimension temporelle. En effet, la problématique de soupçon de maltraitance peut intervenir au début de l'accueil, exister durant un an et même plus, mais reste du domaine d'une plainte timide non étayée précisément ou sinon de façon ambivalente. La prise de position sur une accusation de maltraitance formelle se fait parfois dès lors, que la décision d'assumer la rupture de contrat est prise par la famille naturelle, et qu'une autre alternative de prise en charge se fait jour pour la personne accueillie.

 

Quels sont les différentes maltraitances signalées par les personnes accueillies ou les familles naturelles et sur quoi se basent ces signalements ?

- Soupçon de maltraitance(bleus sur le bras de la personne âgée, ou autour des yeux) corroborant avec notre observation du comportement limite de la famille d'accueil sur le plan affectif, se retranchant sur la lourdeur matérielle, pour réduire la communication.

- Confidences de la famille naturelle, sans réel désir de dénonciation de la famille naturelle, sur l'insatisfaction qui est sienne, quant à la prestation offerte, et inquiétude quant au risque d'assumer, par courrier aux autorités compétentes, son ressenti ou ses observations, par peur de représailles sur leur parent .

L'insatisfaction touche en général:

- l'alimentation, jugée insuffisante, surtout le soir, et inadaptée aux problèmes de transit intestinal.

- le comportement global de la famille d'accueil, jugé parfois peu amène avec la famille naturelle, ou attentionné avec la personne accueillie, de manière " juste compte ", c'est à dire avec une affection minimum.

- le manque de délicatesse de la famille d'accueil qui rappelle à la personne accueillie, sans vouloir vraiment lui faire de la peine, des conditions ayant amené son placement en famille d'accueil. - famille naturelle non disponible - famille naturelle n'ayant pas les moyens de faire face aux différents problèmes d'isolement ou d'insécurité de la personne accueillie. - famille naturelle ayant des conflits entre ses différent membres, conflits en général d'ordre financier patrimonial, ou liés à la difficulté à s'accorder sur la dévolution des responsabilités par rapport à la prise en charge de la personne accueillie.

- la question du territoire : En effet, la personne âgée, tout comme la famille d'accueil est chez elle puisqu'elle paie un loyer à la famille d'accueil. A ce titre elle a des droits. Mais sa chambre se trouvant dans le domicile de la famille d'accueil des difficultés liés à cette ambiguïté de territoire peuvent surgir. Jusqu'où le désir et les besoins de la personne accueillie peuvent ils être pris en compte dans cette problématique du territoire ? Quelle est la limite du " être chez soi " en " étant chez quelqu'un " ?

- le manque d'animation, - les mises au lit pour le coucher trop tôt.(17H à 17h30).

 

Lorsque la famille naturelle se décide à se positionner par rapport à ses soupçons ou ses accusations de maltraitance, elle demande alors un entretien avec notre service de suivi médico-social, pour signaler, en terrain neutre.

 

Après entretien signifiant notre impossibilité d'argumenter un signalement dès lors que la famille ne prend pas la responsabilité de ses dires, certaines familles acceptent de : - s'engager pour un signalement par écrit, - se confronter à la famille d'accueil et d'exprimer ses griefs, dès lors que le service accompagne de manière technique et sereine cette confrontation. Nous leur assurons alors, un accompagnement de la situation conflictuelle, avec comme objectif , la recherche d'une solution permettant à tout un chacun de se repérer, solution acceptée ou tolérée par chacune des parties de manière satisfaisante, ou à moindre mal.

 

D'autres familles naturelles préfèrent rester dans le domaine de la plainte. Il nous appartient alors de tout mettre en œuvre pour que les griefs relevés soient contrôlés par nos soins quitte à éveiller la vigilance de la famille d'accueil sur son comportement limite en matière de maltraitance.

 

Constats par rapport à nos comportements de professionnel en travail social

 

Lors de l'observation ou de la prise de connaissance des soupçons d'accusation de maltraitance : Nous recevons la plainte, et tachons d'avoir le maximum d'informations contrôlables et pouvant être comparées avec les observations que nous avons faites.

 

Nous écoutons, avec le filtre des éléments de l'histoire des protagonistes, et livrons notre évaluation à la sagacité et aux apports de l'équipe pluridisciplinaire. Nous faisons appel alors, dans cet espace, aux différentes expériences professionnelles, aux compétences techniques de chacun, en nous situant dans une attitude de réception profonde des évaluations des uns et des autres, par rapport à des positionnements et des pratiques différentes.

 

Se trouve alors, après un temps où nous nous livrons à nos ressentis, où nous identifions nos repères en matière de valeurs et de limites, et avec prudence, nous essayons d'appréhender dans une dimension de respect ce que sont les protagonistes à l'instant T, cet instant où tout a basculé.

 

Mais nous nous devons d'évaluer aussi, compte tenu de l'histoire de chacun, les capacités d'évolution et de changement des protagonistes.

 

Nous recherchons alors, pour confronter nos évaluations des situations, des ressources à l'extérieur(lectures, confrontation avec d'autres compétences, revisitation des réglementations nous permettant la distance).

 

Un aller-retour entre le cheminement de notre pensée les apports de nos échanges afin de déterminer l'opportunité du moment du signalement s'impose.

 

Vient alors la question cruciale : Pour qui, pourquoi, comment signaler ?

 

A cet état de la réflexion, nous nous retrouvons dans des écarts par rapport au cadre réglementaire et nous nous rendons compte que le sujet est difficile, faut il laisser tomber ? Non la gageure est là, car malgré le peu d'écrits sur le sujet en Martinique. L'enjeu des représentations sur la maltraitance est bien réel et nous interpelle professionnellement, culturellement, humainement et intellectuellement.

 

Le signalement pose la question des écrits professionnels sur la trilogie qui existe dès lors que le travailleur social se met devant sa page blanche :

 

De quel lieux sont ils rédigés ? (AS, ES, CESF, PSY, Pédiatre, Psychiatre, Cadre, Non cadre, Administratif, Responsable hospitalier ou d'Etablissement, etc....) ?, sachant qu'on est toujours conditionné, lors de nos évaluations, de notre histoire personnelle et professionnelle, et de nos transactions avec ces histoires et celles de nos interlocuteurs, pour construire nos positionnements, nos certitudes et nos doutes.

 

A qui sont ils destinés ? (Instance répressive, instance d'enregistrement des faits et transmission à une cellule réglementaire organisée, réseau social pluridisciplinaire et fonctionnel, etc...) ? La dimension de pouvoir est réelle. Là aussi nous ne sommes pas neutres, nous reviendrons plus loin sur cet aspect.

 

Quels sont les acteurs concernés ? - Un signaleur(famille naturelle, infirmière, assistante sociale, personne accueillie, , l'autre personne accueillie dans le même lieu, Disses, autre famille d'accueil, C.C.A.S, Médecin, lettre anonyme, etc..) - Un destinataire du signalement(DISSES, Service de suivi), - Une personne fragile(personne accueillie : Personne âgée ou Adulte Handicapée) - Une famille d'accueil avec sa problématique personnelle en matière de ce qu'elle vit au quotidien, par rapport à l'accueil de personnes, par rapport aux relations qu'elle a avec les référents de ses accueillis, par rapport à son épuisement professionnel A cela s'ajoute les problématiques familiales(acceptation ou non par le conjoint, la parentèle de l'activité AF, aide à la prise en charge par la famille ou isolement dans la fonction, soucis familiaux, préoccupations pour la scolarité des enfants ou par rapport à leurs comportements, souci financiers).

 

Les familles d'accueil sont, de plus, positionnées dans une triade d'univers :

 

Celui de la personne âgée : la PA, son histoire son comportement l'incidence de ses maladies éventuelles, la charge suivi médical, hospitalier et quotidien. La famille naturelle avec ce qu'elle est en elle-même, ce qu'elle est par rapport à son parent et ce qu'elle montre à la famille d'accueil.

Son univers propre : motivation pour la fonction ou nécessité d'une activité rémunérée en restant chez soi ? exécutée dans une dimension matérielle ? exécutée en se protégeant au maximum sur le plan affectif et financier ? Positionnement, par rapport à ses projets personnels, son activité élément d'épanouissement personnel, besoins de sa famille, sur le plan psychologique, économique et financier.

Autant de questions qui si elle ne sont pas posées à un moment, et si elle ne trouvent pas un début de réponse, risquent de polluer le positionnement de la famille d'accueil. Ces questions peuvent devenir persécutoires, si elles sont posées par le travailleur social à l'occasion d'un conflit, et cette famille se sentira incomprise, maltraitée moralement et psychologiquement.

 

Ceux liés à l'univers administratif ; fiche de paye, contrôle des déclarations ou non des modifications de la situation de la personne accueillie( hospitalisations, vacances à l'extérieur), Ceci ayant une incidence financière en termes de retenue sur la rémunération

 

Les relations avec le dispositif de protection des personnes accueillies, dans sa compréhension, et dans sa traduction au quotidien par le personnel administratif de l'accueil familial, et le suivi Médico-Social des personnes accueillies et des familles d'accueil, assuré par les techniciens de L'AMDOR 2000(ES,AS, Psy)

 

Du côté des travailleurs sociaux assurant le suivi et du service prestataire la question suivante peut se poser :

 

Quelle utilisation prévisible existe t-il du signalement, par le service chargé de la gestion de ce signalement dans le dispositif ? Quels sont les enjeux, implicites et explicites de survie du service signaleur par rapport au traitement qui en sera fait par le destinataire ? Si les familles d'accueil ne sont pas encore identifiées par un statut comme travailleurs sociaux, même si de fait elles posent un certain nombre d'actes qui y ressemblent, il est par contre un statut qui, lui, est clair : elles sont des administrées, avec tout ce que cela comporte en termes d'expression vis à vis du Politique.

 

Un autre champ de questions qui se pose dans l'exercice de la fonction de travailleur social est le suivant :

 

Qui suis-je en tant que professionnel ? - Quelle est la crédibilité que je me donne ? - Quelle est la crédibilité que les autres, me donnent : ceux qui sont en direct avec moi : pairs(travailleurs sociaux, collègues, administrations, institutions prestataires, établissements sociaux et médico-sociaux, etc...) usagers, dans la dimension ambiguë de pouvoir administratif et celui plus pernicieux de la dépendance affective de celui qui fait confiance, malgré les aléas de la vie, à un travailleur social - Quelle est la crédibilité de l'institution dont je dépends ? - Quel sens reconnu a-t-il dans son réseau identitaire professionnel ?

 

Quelle est la marge de manœuvre de ce travailleur social ?

 

Peut-il faire valoir dans ces écrits la dimension uniquement technique qu'il a voulu y mettre, sans se soucier de l'utilisation administrative, sociale, culturelle ou politique qui pourra en être faite ?

 

Quelle est la nature de ce mandat et dans quelle problématique administrative s'inscrit il?

 

Ce mandat est il explicite ? implicite ? Est-t-il sanctionné par des financements ? Comment se positionne le travailleur social par rapport au contenu d' écrits conditionnant des règlements financiers donc la survie financière des opérateurs du mandat ?

 

Quelle est l'incidence de ces écrits et de cette analyse des pratiques dans la dimension de changement ?

 

Quelles sont les incidences de ces réflexions pour une valorisation des stratégies à mettre en place ?

 

Quel est l'état des recherches sur le signalement des mauvais traitements ? Peut-on partir des signalements pour agir sans prendre le temps d'évaluer ce qui se trame derrière la demande du signaleur ? Quel gain et pour qui après un signalement ? Qui gère les conséquences du signalement pour celui qui a dénoncé et pour celui qui a été l'objet du signalement ? Quel est la part de l'épuisement et du stress dans la pratique de mauvais traitements ?

 

Le sujet est tabou, car les personnes âgées ne s'expriment pas sur le sujet. La marge est ténue entre un soin que tu fais à quelqu'un pour que tu passes une nuit tranquille reposante, et une nuit ou tu ne peux dormir tranquille par rapport à ton anxiété de ne pas bien faire. C'est le même problème d'insomnie mais les raisons et conséquences sont autrement différentes et ont d'autre liens avec le réel.

 

Le cadre réglementaire : Nouveau Code pénal de mars 1994 Article 226-14 Circulaire DGAS du 3 mai 2002 Charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante.

 

L'état de la réflexion : Huguenot Ecole canadienne ; travaux de l'association canadienne de gérontologie Ecrits de Marie BEAULIEU Les représentations symboliques de la maltraitance : Pour les personnes âgées, Pour les familles naturelles, Pour les travailleurs sociaux, Pour le législateur.

 

A travers des enquêtes Auprès de travailleurs sociaux Auprès de personnes âgées Auprès de familles naturelles Auprès d'administratifs.

 

Débat contradictoire On parle de notion de personne vulnérable en parlant de la personne âgée : Mais qu'en est- il de la vulnérabilité de la famille d'accueil : - en quête de crédibilité, - en constante peur de perdre un gagne-pain, - se positionnant en victime de contrôle permanents, alimentant un sentiment de persécution par les autorités administratives mais aussi par les instances pédagogiques ce qui est une aberration en matière d'accompagnement social intellectuel et psychologique. - Se positionnant dans une dimension de pouvoir, pouvoir par rapport à la prestation attendue par quelqu'un(la famille naturelle) qui n'était pas en mesure de la fournir avant le placement , et la prestation fournie sur laquelle l'aidant naturel ne peut réfuter l'intérêt et le soulagement que cela lui procure, même s'il n'est pas complètement satisfait.

 

 

Ambivalence de situation du travailleur social :

 

Par rapport à la famille d'accueil : - IL se retrouve dans un système de dénonciation éventuelle, alors que sa formation première l'amène à accompagner l'aidant dans son évolution et la transformation positive de ses pratiques, pour une meilleure prestation, et un épanouissement dans sa fonction d'aidant ; son épanouissement ayant une incidence positive sur la personne aidée. - Par rapport à l'aidant naturel : - Il se retrouve à écouter la souffrance et la culpabilité de l'aidant naturel qui se sent responsable de la pertinence de la décision de placement. En effet, il risque de se voir lui-même remis en cause par rapport à ses relations avec le suppléant familial( manque de vigilance par rapport à la prestation fournie, responsabilité dévolue à un tiers trop facilement, sans véritablement vérification des garanties de prestation, se fiant à l'aspect professionnel des discours où à l'aspect amène de l'accueillant) et ne voudrait pas subir de reproches de sa parentèle

- Il prend conscience, au cours des prises en charge de la vulnérabilité des partenaires dans un rapport protection/victimisation,. Ce rapport est en interaction avec un système répressif, sans qu'il y ait vraiment un cheminement, ou un pont permettant le changement de statut et donc de dynamique à prendre en compte et à assumer tant par le signaleur que par la personne jugée comme maltraîtante. Cet absence de cheminement permet difficilement d' évaluer le plus objectivement possible les tenants et les aboutissants ayant amené la plainte ; Pourquoi se plaint-on ? Quel champ recouvre la plainte ? Tensions, conflits, contradictions sont les extrêmes que le travailleur social trouvera sur son chemin de combattant.

 

Par rapport à la protection légale, la question qu'il faut se poser est : Que faire après le signalement aux autorités concernées ? Se pose alors la question de l'après signalement. Le fait de signaler n'amène pas systématiquement la fin de la maltraitance. Les tribunaux ne peuvent mettre fin à la violence d'un coup de baguette magique. Le travailleur social ne se dit-il pas qu'une médiation, prenant en compte des éléments systémiques ayant conduit à un certain comportement peuvent réussir à régler le différent.

 

Place du stress dans les phénomènes de maltraitance : Ce que nous en dit nos lectures :

 

Eléments de bibliographie tirés de la revue : " Mensuel de psychiatrie, conséquences pathologiques du stress et société d'aujourd'hui "

 

Nous retenons de ces lectures plusieurs assertions permettant d'éclairer un certain nombre de comportements amenant à comprendre la bascule vers la maltraitance.

  • " Le stress est aujourd'hui compris comme une transaction individu-environnement... Il apparaîtrait lorsque la situation est évaluée par l'individu comme débordant ses ressources et pouvant mettre en danger son bien-être "
  • " Une des premières conséquences du stress est de rétrécir notre univers perceptif et cognitif "
  • " Le stress est générateur de désordre " " le stress n'est pas une réaction de type réflexe, ayant pour finalité de lutter contre tout dérangement de l'équilibre organique, la pathologie se confondant avec la rupture de l'homéostasie "

 

Nous retiendrons ces affirmations que les réponses au stress dépendent de facteurs " tels que la nouveauté de la situation, la possibilité pour le sujet de la contrôler et la capacité de prévoir l'évolution des évènements ", et que " c'est seulement si la demande peut être vécue comme mettant la personne à l'épreuve, excédant ses ressources ou mettant en danger son bien-être qu'elle constituera éventuellement une ressource de stress.

 

Les familles d'accueil et les personnes accueillies ne sont elles pas en face de cette situation, en position de miroir à chaque nouvel accueil ?

 

Notons par ailleurs que dans le dispositif de l'accueil familial trois dynamiques sont en interaction dans un premier temps :

 

Celles liées à trois partenaires affichés ; Les personnes accueillies, Les familles naturelles, Les familles d'accueil et l' environnement de ces trois partenaires. mais aussi à d'autres partenaires satellites : le personnel administratif de l'accueil familial à la Disses, les politiques, les professionnels du suivi médico-social, l'institution gestionnaire du Suivi, les réseaux du secteur sanitaire et social. Toutes ces personnes, sont elles aussi soumises, lors de leur prises de position et de leur évaluations, à l'influence de leur environnement historique, familial, éducationnel, culturel, économique , politique, etc...

 

 

PERSPECTIVES POUR CONTRER LA MALTRAITANCE :

Se mobiliser plus que jamais sur la préparation de placement des personnes âgées en famille d'accueil.

Lors de ces préparations un certain nombre d'entretiens avec le référent naturel et la personne âgée sont faits pur mieux appréhender les motivations de chacun par rapport à la demande de placement.


Des informations sont recueillies pour mieux connaître cette personne qui sera amenée à changer de lieu de vie, son niveau de compréhension de la situation présente et à venir, son niveau de capacité de participer aux choix de vie faits par sa famille ou peut-être plus tard la famille d'accueil.

Des visites seront faites au domicile de la personne âgée pour l'appréhender dans son lieu de vie, son environnement matériel affectif et social. De même, dans la mesure de ses possibilités, la personne âgée mais de toute manière son référent naturel, iront visiter la maison de la famille d'accueil pressentie pour évaluer la pertinence de l'accueil chez cette personne par rapport aux besoins et à la personnalité de la personne âgée à accueillir.


Toute cette démarche permet de mieux connaître la personne âgée, d'anticiper les problèmes qui risquent de survenir en matière de communication tant avec la personne âgée qu'avec ses référents naturels, et d'envisager les limites des uns et des autres, en somme se prémunir des situations possibles de maltraitance par méconnaissance des partenaires impliqués dans le dispositif.


Donner une grande place à la formation des familles d'accueil :


Dans le cadre de la formation, on pourrait insister sur les aspects délictuels de la maltraitance, en insistant sur les lois et la réglementation en la matière.

Faire de manière précise le point entre la suppléance familiale et la limite de la substitution familiale. Cela permettrait de redonner la place à la responsabilité familiale, et de fait constituerait un contre pouvoir à toute tentative de toute puissance de la famille d'accueil, eu égard le manque de places et de structures dans le département en faveur des personnes âgées ou adultes handicapées.


Il faudrait éviter que les familles d'accueil se substituent au long séjour ou à l'hospitalisation à domicile en accueillant en priorité des personnes classées en GIRR IV,V etVI.


Mettre en place, lors des formations, des mises en situations de négligences , de maltraitances psychologiques, par le biais de jeux de rôle permettant aux participants de toucher du doigt les aspects cachés de la maltraitance, au quotidien, sans le vouloir.

Groupes de parole permettant d'exprimer le ras le bol, mais aussi d'analyser les pratiques avec la supervision d'un couple de professionnel(Psychanalyste et Educateur Spécialisé).


Séminaires sur les différentes formes de mauvais traitements, alliant intervention théorique et ateliers pédagogiques basés sur des témoignages de savoir-faire ou d'échecs des accueillants familiaux, mais aussi sur des témoignages de personnes âgées elles-mêmes sur ce qu'elles ressentent comme situation maltraitante.


Si l'on s'appuyait sur les qualités remarquables de certains aidants en matière de créativité, de ressources, pour gérer au quotidien les difficultés matérielles de prise en charge(système pour éviter que la personne âgée déchire ses couches, l'aider à accepter certains aliments, être le relais de la transmission de la mémoire, recettes de cuisine, médecine traditionnelle, souvenirs économiques culturels et politiques), on pourrait valoriser leur savoir faire et ainsi participer d'un balisage d'une identité professionnelle


En Conclusion : En tant qu'aidant familial : - Si je sais ce que je fais, si je suis reconnu par les partenaires sociaux, j'ai à cœur de maintenir mon image, ma créativité. Ma capacité de connaître mes limites me permet de construire un espace où je me respecte et où je respecte l'autre dans sa différence, d'anticiper les moments d'épuisement et de mettre en place des espaces de respiration. Ceci permettra d'éviter des attitudes de ras le bol antichambres de la maltraitance "


En tant que travailleur social : Je dois rester vigilant pour aider cet aidant, repérer les moments critiques où la communication devient difficile, où la tolérance s'amoindrit, où la capacité d'évaluer fait défaut, la conjonction de tous ces éléments pouvant conduire à des comportements de maltraitance.


Nous pensons enfin que lorsqu'on a signalé une maltraitance, le travail ne fait que commencer. Ce signalement doit être accompagné dans la mesure du possible, pour éviter que la personne maltraitée se retrouve seule à assumer les conséquences du signalement dans ses relations avec la personne incriminée de maltraitance . Mais cet accompagnement vaut aussi pour la personne qui a " fauté ". Aussi il nous semble important de mettre tout en place pour évaluer finement les tenants et les aboutissants avant de passer à l'acte de signalement.


La Maltraitance est une maladie de la tolérance disait le Professeur HUGUENOT au début des douzièmes rencontres gérontologiques de l'AMDOR 2000, peux-t-on imaginer que comme toute maladie elle peut se soigner, et que dès lors que l'on met en place une attitude fondamentale d'écoute, on peut en guérir ?

 

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